Portrait d’éditeur – Mazeto Square (septembre 2026)
La Région Nouvelle-Aquitaine compte plus de 200 éditeurs, qui abordent des thématiques variées dans des catalogues exigeants. Plus de soixante d’entre eux ont choisi de former le collectif AENA (Association des Éditeurs de Nouvelle-Aquitaine), dont les libraires de LINA sont bien évidemment partenaires.
Le réseau LINA, partenaire des éditeurs de Nouvelle-Aquitaine, vous propose de (re)découvrir chaque mois un éditeur membre de l’AENA, sa ligne éditoriale, son catalogue, son équipe et son histoire le temps d’un portrait.
Ce mois-ci, partez à la rencontre des éditions Mazeto Square.
Comment décririez-vous l’ADN / l’identité de votre maison d’édition, son histoire et ses valeurs ?
Créée en 2009, Mazeto Square est une maison de production pluridisciplinaire qui s’est développée autour de trois activités principales : l’édition de livres, la production d’albums phonographiques, et la réalisation d’œuvres audiovisuelles ; ainsi que, depuis peu, la création de concerts, et l’édition d’œuvres musicales, pour accompagner au mieux les artistes que nous produisons.
Le catalogue s’est construit de manière organique, au fil des rencontres et des projets, sans ligne éditoriale préétablie mais avec une attention constante portée aux auteur·ices et à leur désir de création. Les publications naissent souvent d’échanges humains et d’une volonté d’accompagner des œuvres singulières jusqu’à leur aboutissement, en laissant une grande liberté aux artistes.
En quinze ans, Mazeto Square a publié une centaine d’ouvrages : albums illustrés jeunesse, beaux livres, livres-disques, essais, rééditions d’œuvres oubliées, publications d’artistes ou objets éditoriaux plus atypiques. La maison s’intéresse particulièrement aux projets qui échappent aux formats trop standardisés et aux œuvres que l’on voit parfois moins dans les grands circuits éditoriaux.
L’objet-livre occupe une place importante dans cette démarche. Mazeto Square considère le livre comme un espace de création à part entière, à la croisée des textes, des images et parfois du son. Plus qu’un genre ou une thématique précise, ce sont avant tout des voix, des univers et des formes qui guident les choix éditoriaux.
À travers ses publications, la maison défend une approche indépendante, artisanale et fidèle aux artistes avec lesquels elle travaille souvent dans la durée.
Pourriez-vous nous parler du processus de découverte et de sélection des textes au sein de votre maison d’édition ? Que recherchez-vous chez un.e auteur.ice ou un manuscrit pour décider de sa publication ?
Le processus de découverte des textes chez Mazeto Square repose avant tout sur les rencontres et les échanges déjà noués au fil du temps. Une grande partie des projets publiés aujourd’hui émane d’auteur·ices avec lesquels la maison a déjà travaillé, ou de manuscrits transmis par des intermédiaires — journalistes, essayistes, producteurs, artistes ou personnes du milieu culturel — qui identifient parfois Mazeto Square comme une structure susceptible d’accompagner des projets plus atypiques ou difficiles à faire exister ailleurs.
Concernant les manuscrits spontanés, le choix relève souvent d’un véritable coup de cœur. Il ne s’agit pas d’appliquer une ligne éditoriale stricte, mais plutôt d’être immédiatement saisi par une voix, une forme, une nécessité ou une singularité. Les projets retenus sont souvent ceux qui proposent un regard particulier, une liberté de ton ou une démarche artistique forte.
Mazeto Square n’est pas une structure qui intervient lourdement dans le façonnage des textes. Le travail éditorial ne consiste pas à remodeler les manuscrits en profondeur, mais davantage à permettre à une œuvre d’aboutir et à trouver sa forme de publication. Cette approche suppose une grande confiance accordée aux auteur·ices et à leur autonomie artistique.
Plus que des profils ou des genres précis, la maison recherche avant tout des projets sincères, habités, et des œuvres qui portent une véritable intention d’auteur.
Pourriez-vous nous parler d’une publication récente qui incarne particulièrement la vision éditoriale de votre maison d’édition ?
Parmi les publications récentes qui incarnent particulièrement la démarche éditoriale de Mazeto Square, le livre-disque Rosa, la voix d’un peuple de Nicolo Terrasi occupe une place importante. Il s’agit du troisième projet développé avec cet auteur-compositeur italien, avec lequel la maison entretient une relation de confiance et de travail dans la durée.
À l’origine, le projet devait être uniquement un album musical consacré à Rosa Balistreri, grande figure du chant populaire sicilien. Très vite, l’idée d’un livre-CD s’est imposée afin d’accompagner les textes des chansons, leurs traductions et tout l’univers culturel et sensible qui entoure cette œuvre. L’ouvrage a ainsi été pensé comme un véritable prolongement du disque, mêlant textes en sicilien, italien, français et anglais.
Le projet est également issu d’un spectacle vivant, dont certaines photographies prises sur scène viennent nourrir le livre et dialoguer avec la musique et les textes. Cette complémentarité entre l’écrit, l’image et le son correspond pleinement à la manière dont Mazeto Square envisage certains objets éditoriaux : des œuvres hybrides, à la frontière de plusieurs formes artistiques, où le livre devient un espace de résonance et de transmission.
À travers ce type de publication, la maison cherche aussi à mettre en lumière des patrimoines culturels populaires parfois peu représentés dans l’édition traditionnelle, tout en leur donnant une forme contemporaine et accessible. Rosa, la voix d’un peuple est ainsi un projet atypique, mais représentatif de l’attention portée par Mazeto Square aux formes singulières et aux projets qui circulent entre plusieurs disciplines artistiques.

Pourriez-vous nous parler d’une collaboration récente entre votre maison d’édition et une librairie indépendante qui vous a particulièrement marqué.e ?
Parmi les collaborations qui nous ont particulièrement marqués ces dernières années, nous pouvons citer le travail mené autour de notre collection “Le pied à l’étrier”, consacrée à la réédition de textes liés à la culture équestre, avec plusieurs librairies indépendantes engagées dans la défense de fonds spécialisés.
La librairie Le Pavé dans la Marge, très investie dans les salons et manifestations autour du monde du cheval, accompagne régulièrement les ouvrages de cette collection auprès de son public. De son côté, la Librairie Actes Sud propose depuis plusieurs années une mise en place importante de la collection, avec une présence durable de nombreux titres en rayon.
Ces relais sont particulièrement précieux pour une maison indépendante comme Mazeto Square, car ils montrent qu’il existe un véritable intérêt de la part des libraires et des lecteurs pour des collections exigeantes, spécialisées ou de niche. Ce type de collaboration participe pleinement à la visibilité et à la circulation de projets éditoriaux qui trouvent parfois difficilement leur place dans les circuits plus standardisés.
Face à l’évolution de la chaîne du livre vers une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux, comment votre maison d’édition se positionne-t-elle et/ou que met-elle en place ?
Depuis 2018, Mazeto Square est membre du mouvement 1% for the Planet. La maison fait partie des 200 premières entreprises françaises à avoir rejoint cette démarche, avec l’engagement de reverser 1 % de son chiffre d’affaires au soutien de projets environnementaux.
Concernant la chaîne du livre elle-même, Mazeto Square porte depuis plusieurs années une attention particulière à la question des tirages et de la surproduction. La maison travaille principalement sur de petits tirages, généralement compris entre 300 et 500 exemplaires, afin d’adapter au mieux les quantités aux réalités de diffusion et d’éviter le pilon. À ce jour, aucun ouvrage de la maison n’a été pilonné.
Les livres sont imprimés en Europe et, lorsqu’il s’agit de livres-objets ou de projets plus spécifiques, le façonnage est réalisé en France. Mazeto Square souhaite continuer à privilégier autant que possible une fabrication française, mais se heurte parfois à des contraintes économiques importantes sur les petits tirages. De nombreux imprimeurs français restent davantage structurés pour des volumes plus élevés, là où certains imprimeurs européens ont développé des solutions plus adaptées aux éditions indépendantes et aux faibles quantités.
Depuis peu, la maison a également engagé une démarche RSE plus globale afin de mieux structurer et approfondir ces engagements. Celle-ci passe notamment par des actions de sensibilisation et de formation.
Quels sont les projets de votre maison d’édition, comment voyez-vous l’évolution de sa proposition ?
Mazeto Square a toujours développé des projets atypiques, parfois difficiles à inscrire dans des catégories éditoriales très établies. Cette singularité demande en permanence de chercher de nouvelles formes, de nouveaux équilibres et de nouvelles façons de faire circuler les œuvres. C’est aussi ce qui constitue aujourd’hui l’identité et la force de la maison : la possibilité d’explorer des territoires moins balisés et d’accompagner des projets qui nécessitent souvent des approches sur mesure.
Dans un contexte où les acteurs culturels indépendants doivent faire face à des fragilités économiques croissantes et à une diminution de certains soutiens publics, cette capacité d’adaptation devient essentielle. Mazeto Square cherche ainsi à continuer de développer une activité indépendante, souple et réactive, capable d’inventer de nouvelles complémentarités entre les différents champs dans lesquels la maison évolue.
La dimension pluridisciplinaire de Mazeto Square — entre édition de livres, musique, audiovisuel et spectacle vivant — apparaît aujourd’hui comme un véritable atout. Elle permet de faire dialoguer les pratiques, de mutualiser certaines ressources et d’imaginer des objets éditoriaux ou artistiques hybrides, à la croisée de plusieurs formes d’expression.
L’évolution de la maison passe donc moins par une spécialisation stricte que par l’affirmation de cette manière singulière de produire : indépendante, transversale, attentive aux artistes et ouverte à des projets qui demandent parfois d’inventer leur propre cadre.