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Portrait d’éditeur – Éditions Apeiron

Portrait d’éditeur – Apeiron (juin 2026)

La Région Nouvelle-Aquitaine compte plus de 200 éditeurs, qui abordent des thématiques variées dans des catalogues exigeants. Plus de soixante d’entre eux ont choisi de former le collectif AENA (Association des Éditeurs de Nouvelle-Aquitaine), dont les libraires de LINA sont bien évidemment partenaires.

Le réseau LINA, partenaire des éditeurs de Nouvelle-Aquitaine, vous propose de (re)découvrir chaque mois un éditeur membre de l’AENA, sa ligne éditoriale, son catalogue, son équipe et son histoire le temps d’un portrait.

Ce mois-ci, partez à la rencontre des éditions Apeiron.

Comment décririez-vous l’ADN / l’identité de votre maison d’édition, son histoire et ses valeurs ? 

Yves Chagnaud est l’initiateur et le responsable de la maison d’édition Apeiron, basée à Saint-Junien. Ce projet est né en 2010. Avant de se lancer dans l’édition « artisanale », il a un parcours en tant que coloriste de bandes dessinées, puis a travaillé dans le domaine de l’image et de la couleur, principalement pour Disney International.

L’originalité des Éditions Apeiron tient à une philosophie très spécifique : ce ne sont pas des livres « classiques » axés sur le texte, mais plutôt des œuvres d’”art poétique”, où l’image prime.

Le parti-pris : “le mot illustre l’image” — autrement dit, les textes viennent en second, l’image (peinture, collage, photo…) est le cœur de l’ouvrage. Les livres sont souvent conçus en accordéon (leporello), imprimés recto-verso, assemblés à la main, comme des objets d’art plutôt que des produits de masse. L’ensemble de la production est locale/régionale : impression, façonnage, reliure, assemblage — tout est fait dans un rayon limité autour de Saint-Junien, en Limousin et environs. Le tirage est volontairement limité : environ 1000 exemplaires par ouvrage, ce qui en fait des livres “d’art” souvent destinés à un public amateur d’objets singuliers.

Yves Chagnaud insiste sur le rôle fondamental de l’artiste : l’éditeur est là pour “donner un écrin” à un univers visuel et poétique, pas pour imposer un récit littéraire. Comme il dit lui-même : « Je ne suis pas un éditeur de textes poétiques. J’ai besoin d’images pour mieux ressentir la vie ». Reste que le texte est présent, venant « illustrer » l’image.

Ce projet propose un autre rapport au livre : plus lent, plus contemplatif, plus proche de l’objet d’art que du simple produit culturel. Il valorise la création artistique locale et indépendante — en s’appuyant sur des illustrateurs, photographes, plasticien·ne·s, dans une démarche artisanale et responsable (fabrication locale, tirage limité). Il offre une alternative au livre “mainstream” : là où beaucoup d’éditeurs misent sur le tout-texte, la commercialisation, le rendement, Chagnaud et Apeiron montrent qu’on peut faire des livres pour le regard, pour le rêve, pour l’émotion. Il crée une communauté, un réseau : artistes, lecteurs, libraires spécialisés, salons, marchés de poésie… Apeiron participe à l’écosystème des arts visuels et littéraires de la région et au-delà.

L’utilisation de la notion philosophique “Apeiron” (terme grec ancien signifiant “illimité, indéfini, indéterminé”) pour dire qu’un livre peut être — avant d’être lu — ressenti, perçu, rêvé. L’image, plus que le texte, porte cette dimension. Un retour à la matérialité — un livre comme un objet pensé, fabriqué, assemblé — dans un monde où le livre numérique domine. C’est une prise de position esthétique et éthique, un engagement envers la petite échelle, l’artisanat, la diversité — pour prou­ver qu’il y a de la place pour des œuvres sensibles, délicates, faites “à la main”.

Les Éditions Apeiron sont référencées comme maison d’édition en Nouvelle-Aquitaine, ce qui témoigne de leur ancrage régional autour de Saint-Junien. Apeiron participe à des salons, marchés de la poésie, événements littéraires — ce qui permet de faire connaître ces livres artisanaux à un plus large public. Pour certain·e·s artistes, c’est un moyen d’être édités autrement — hors des circuits traditionnels — et d’expérimenter des formes différentes.

En résumé, Yves Chagnaud est un éditeur-artisan de Saint-Junien, animé par une vision singulière de ce qu’est un livre : non pas un simple véhicule de texte, mais un objet d’art poétique. À travers les Éditions Apeiron, il donne la voix — ou plutôt l’espace — aux artistes visuels, aux photographes, aux plasticiens, en faisant des livres des ponts entre l’image, le rêve, l’émotion. C’est une démarche indépendante, locale, souvent modeste en volume, mais profonde en sens et en qualité.

Pourriez-vous nous parler du processus de découverte et de sélection des textes au sein de votre maison d’édition ? Que recherchez-vous chez un.e auteur.ice ou un manuscrit pour décider de sa publication ?

Au hasard des rencontres ou des propositions reçues. Le processus peut être très rapide comme prendre 3 ans.

Pourriez-vous nous parler d’une publication récente qui incarne particulièrement la vision éditoriale de votre maison d’édition ?

La chambre forêt, rencontre entre un texte profondément original et une autrice majeure de notre maison d’édition, Camille SOVA. Étrange et superbe texte tragique (la misère humaine est omniprésente) mais qui ne suscite pas de panique pour autant, car si humour noir, un peu grinçant il y a, le tout en reste très poétique. Il y a une forme de beauté dans ce récit à la première personne, au présent, ce qui crée une atmosphère, une ambiance propice au conte (c’en est un).

L’entremêlement de réflexions philosophiques et écologiques dans des références mythologiques, dans un futur proche/immédiat, fait que la temporalité est déroutante et rassurante tout à la fois ; mais les nombreuses adresses au lecteur nous ancrent dans le temps du récit, a minima ! Et les jeux sur les sens des mots viennent accentuer les questionnements de la conteuse.

Un ballottement à la frontière de la fable et du conte, ce jeu permanent nous amenant par les codes du récit dans un endroit flou, ni totalement fable ni totalement conte, et pourtant les deux à la fois.

Les superbes et étranges dessins d’Annie COURTIAUD viennent habiller ce conte avec élégance. Il y a une vraie osmose entre le texte et l’œuvre graphique.

Pourriez-vous nous parler d’une collaboration récente entre votre maison d’édition et une librairie indépendante qui vous a particulièrement marqué.e ? 

Deux très belles rencontres avec deux libraires à l’occasion du Festival du Livre de Paris. Une venue spécialement pour nous voir et repartir avec nos livres. Une autre pleine d’émotion avec un libraire découvrant notre travail.

Face à l’évolution de la chaîne du livre vers une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux, comment votre maison d’édition se positionne-t-elle et/ou que met-elle en place ? 

Depuis 6 ans, nous sommes sur un mode de système de diffusion vertueux (pas de mise en office librairie, circulation limitée à l’expédition des commandes et dépôts, très peu de retours !).

Quels sont les projets de votre maison d’édition, comment voyez-vous l’évolution de sa proposition ?

Continuer inlassablement ce parcours artisanal en dehors de l’économie du livre avec le soutien de libraires acquis à cette démarche artisanale.