Portrait d’éditeur – Fedora (mars 2026)
La Région Nouvelle-Aquitaine compte plus de 200 éditeurs, qui abordent des thématiques variées dans des catalogues exigeants. Plus de soixante d’entre eux ont choisi de former le collectif AENA (Association des Éditeurs de Nouvelle-Aquitaine), dont les libraires de LINA sont bien évidemment partenaires.
Le réseau LINA, partenaire des éditeurs de Nouvelle-Aquitaine, vous propose de (re)découvrir chaque mois un éditeur membre de l’AENA, sa ligne éditoriale, son catalogue, son équipe et son histoire le temps d’un portrait.
Ce mois-ci, partez à la rencontre des éditions Fedora.
Comment décririez-vous l’ADN / l’identité de votre maison d’édition, son histoire et ses valeurs ?
J’ai créé les éditions Fedora quelques années après mes études d’archéologie dans l’optique de publier des livres que j’aurais voulu avoir en tant qu’étudiant.
Mon objectif dès le début était de faire des livres traitant d’archéologie, mais sous un angle qui n’existait pas ou peu. Par exemple, de petits manuels pratiques et usuels sur des sujets comme le droit, l’administration ou des spécialités précises. Un axe qui me tenait également à cœur de développer est l’étude de l’impact de l’archéologie dans les autres médias (littérature, BD, jeux vidéo, films…). Ce sont les deux socles fondateurs des éditions, auxquels se sont ajoutées la fiction jeunesse et adulte, que ce soit par les romans ou la BD. Par ailleurs, j’ai toujours souhaité m’adresser au plus grand nombre, notamment aux étudiants. Aussi, pouvoir proposer des prix les plus accessibles possibles est un enjeu prioritaire pour moi, sans pour autant devoir impacter l’aspect esthétique des ouvrages.
Si je devais résumer l’ADN de Fedora, ce serait proposer des ouvrages d’archéologie alliant rigueur scientifique, accessibilité et qualité formelle.
Pourriez-vous nous parler du processus de découverte et de sélection des textes au sein de votre maison d’édition ? Que recherchez-vous chez un.e auteur.ice ou un manuscrit pour décider de sa publication ?
Que ce soit lorsque je propose à une personne d’écrire un ouvrage pour les éditions ou bien dans le cas où l’on me soumet un manuscrit, la démarche va être sensiblement la même : regarder la pertinence de l’auteur ou de l’autrice par rapport à la thématique ou à la période abordée, être attentif à sa façon d’écrire et à sa capacité à rendre accessible son propos et enfin, bien sûr, vérifier l’originalité et la nécessité du projet pour la discipline. Pour cela, bien évidemment, je ne suis pas seul et, au cours des années, j’ai pu me reposer sur l’avis éclairé d’un comité éditorial composé d’épigraphistes, d’archéologues ou d’historiens, mais également de libraires ou de bibliothécaires.
Pourriez-vous nous parler d’une publication récente qui incarne particulièrement la vision éditoriale de votre maison d’édition ?
Récemment, j’ai été très fier du travail accompli sur l’ouvrage De la trace à l’outil. Ce titre est un bel exemple de ce que l’on cherche à accomplir avec nos publications. C’est un ouvrage technique sur les marques d’outils de taille de pierre, très bien pensé par les auteurs Bertrand Riba et Thierry Gregor. Ce manuel nous permet de bien comprendre la complexité des chantiers antiques et médiévaux, et la variété des outils qui ont permis l’édification de ces bâtiments qui, après plusieurs siècles, sont parfois encore là.
Bien que plutôt destiné à un public restreint, nous avons voulu le rendre le plus attractif possible avec un travail accru sur la forme du livre. Nous avons beaucoup réfléchi à la maquette et à la place des éléments sur chaque fiche en faisant pas mal de tests : comment proposer le maximum d’informations tout en restant lisible et en respectant la hiérarchie des textes, mais aussi les très beaux clichés de la photographe. La question du format et des papiers s’est également posée pour cet ouvrage amené à être manipulé sur le terrain. Autant de défis qui ont été stimulants, d’un point de vue créatif, à relever. Ce livre est un bel exemple de l’équilibre que l’on cherche à atteindre entre l’exigence et l’accessibilité, tant sur le fond que sur la forme.

Pourriez-vous nous parler d’une collaboration récente entre votre maison d’édition et une librairie indépendante qui vous a particulièrement marqué.e ?
En fin d’année dernière, nous avons fêté nos 10 ans d’existence et, à cette occasion, la librairie Georges à Talence nous a accueillis sur la journée. Plusieurs auteurs ont pu faire le déplacement pour une séance de dédicace, comme Thierry Gregor et Bertrand Riba pour De la trace à l’outil, mais aussi Emmanuel Roudier, qui a inauguré notre collection BD en 2021 et notre collection de romans en 2025 avec Panthère Pâle. Nous avons pu également filmer ces rencontres mais aussi des interviews sur place. La journée s’est achevée par un buffet avec les lecteurs, les libraires et les auteurs dans la librairie, où nous avons pu révéler les futurs ouvrages, notamment Les Cendres du Nord, une BD à paraître en mars de cette année. Félix The Rover, présent, a même pu apporter des planches originales de cette histoire mêlant aventure et romance dans l’Angleterre du XIe siècle. C’était une chance de pouvoir célébrer ce moment directement avec nos lecteurs dans une librairie avec laquelle nous travaillons depuis plusieurs années et qui nous a accueillis ainsi.
Face à l’évolution de la chaîne du livre vers une meilleure prise en compte des enjeux environnementaux, comment votre maison d’édition se positionne-t-elle et/ou que met-elle en place ?
Bien que nous soyons une petite structure, nous essayons, à notre échelle, au maximum d’adapter nos comportements afin de diminuer notre impact environnemental. Nous essayons ainsi d’imprimer nos livres auprès d’imprimeurs engagés écologiquement, mais également géographiquement proches pour diminuer le transport. Nous sommes par ailleurs très attentifs aux tirages pour éviter les stocks trop importants, synonymes de gaspillage de papier et d’énergie. Enfin, nous essayons au maximum de limiter les échanges de pièces jointes par mail pour privilégier les services de transfert ; nous réfléchissons à un usage raisonné des sauvegardes, mais aussi à limiter les impressions inutiles.
Quels sont les projets de votre maison d’édition, comment voyez-vous l’évolution de sa proposition ?
Notre objectif est de continuer d’enrichir notre catalogue tout en poursuivant nos efforts sur nos différents axes, sans perdre de vue notre volonté de parler d’archéologie sous toutes ses formes. L’objectif est de pouvoir publier régulièrement dans chacune des collections pour conserver cette variété qui nous caractérise.
Concrètement, nous allons publier cette année une bande dessinée, Les Cendres du Nord, se déroulant durant le XIe siècle en Angleterre, un album jeunesse, Au petit Néandertal, ainsi qu’un roman jeunesse, L’Ombre du lion, se déroulant durant la préhistoire, mais également un petit précis sur l’archéologie médico-légale et un essai autour de l’Antiquité dans la pop culture en fin d’année. Nous allons d’ailleurs, sur ces questions de réception de l’archéologie, développer un environnement plus complet avec des projets vidéo et une adhésion à une plateforme de prépublications du CNRS, les Carnets Hypothèses.
Enfin, nous allons lancer un financement participatif pour un projet d’adaptation d’un roman de fantasy en BD que nous préparons en secret depuis longtemps, même si je ne peux pas encore révéler plus de détails.